Ceci n’est pas un portrait…

Thierry Poncelet (1946) Portrait de jeune chien en dandy,
huile sur panneau, signé en bas à gauche 17x 13.5 cm (vendu)

C’est avec beaucoup de joie que je vois une nouvelle oeuvre de Thierry Poncelet passer à nouveau entre mes mains. Un petit portrait, bien plus petit qu’un important tableau que j’avais eu la chance d’acquérir puis de céder à une collectionneuse américaine.

Surtout j’ai eu la chance de côtoyer Thierry Poncelet, le privilège de le voir travailler et de discuter avec lui de son travail et de son inspiration.

L’idée de créer des cynocéphales, ou des chiens à têtes humaines est au moins aussi ancienne que les récits fantastiques de Marco Polo. Grandville (1803-1847) – qui est sans doute l’une des influences majeure sur le travail de Thierry Poncelet – a donné à cette idée un incroyable développement imaginaire, mais il mêlait toutes sortes d’animaux à sa comédie humaine. Plus curieusement on trouve dans le roman Lady L. de Romain Gary, l’idée excentrique de remplacer les visages sur les portraits d’ancêtres par des têtes de chien. Il y a donc dans cette idée un fond culturel, on la retrouve d’ailleurs ponctuellement au XIX° siècle.

La démarche – et le succès – de l’art de Poncelet tient à son ambition première. Restaurateur de formation, cet amoureux du beau, l’était tout particulièrement des portraits. A sa grande tristesse, cet art du portrait – le plus exigeant pour l’artiste- se trouvait entièrement délaissé, mis au rebut. Une fois oublié l’ancêtre, on reléguait son portrait dans les greniers ou les caves. D’où cette idée géniale de « restaurer » le regard sur ces œuvres par un procédé éminemment surréaliste de collage de têtes de chien- il ne faut pas oublier que Thierry Poncelet est un compatriote de Magritte.

Tout l’art tient évidemment à la réussite du procédé, ou comment un chien peut le mieux exprimer les passions humaines, rendre le mieux à un portrait une épaisseur psychologique

Ainsi ce jeune chiot exprime-t-il une sorte d’appétit naïf, on lui imagine une histoire de petit Rastignac et l’imagination s’ouvre….

Pas tout à fait un portrait, ou plutôt une essentialisation de cet art délicat.